Mon père est né à Verdun. Ma mère a quitté l’Égypte seule, à 22 ans. Tous deux ont passé leur carrière à enseigner à des enfants d’un milieu ouvrier.
Ma mère a choisi le Québec parce qu’elle croyait qu’une femme pouvait y devenir davantage que ce qu’on attendait d’elle. Je veux que mes filles puissent encore croire en ce Québec-là : un Québec qui ne leur dicte pas quoi être, mais qui leur donne les moyens de choisir.
C’est de là que tout part.
J’y ai appris ceci : le pouvoir le plus déterminant n’est pas toujours celui qui se voit. Il se loge dans des gestes sobres, dans la parole tenue, dans la décision assumée. J’ai vu des équipes tenir sous une pression que personne n’avait anticipée.
J’ai vu l’inverse aussi. Quand la peur s’installe, l’écoute se retire. La décision devient un risque personnel. Elle cesse d’être une responsabilité partagée.
C’est de là que je parle.
Nous investissons massivement dans les personnes qui dirigent : leur développement, leur formation, leur coaching, leur évaluation de performance.
Ce que nous construisons plus rarement, c’est la capacité collective de tenir ensemble quand la pression monte.
Alors nous demandons aux individus de porter seuls ce qui devrait être soutenu par des repères, des rituels, des liens et une responsabilité partagée.
C’est cette conviction qui traverse mes textes d’opinion, mes témoignages dans les grands médias, l’essai que je termine, Ce que gouverner exige, et les conférences que je donne à celles et ceux qui veulent mieux comprendre ce qui permet aux collectifs de tenir.
Une conférence. Un projet. Une prise de position publique.
Tout part du même endroit : cette volonté de comprendre ce qui permet aux humains, aux équipes et aux institutions de tenir ensemble quand la pression monte.
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